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[2012-01-18] Maman, il est où le papa de grand-père? Ou comment être prise au dépourvu devant des questions de son enfant de 2 ans

Depuis quelques temps, en particulier depuis que son vocabulaire s'est considérablement étoffé et depuis que nous savons que la famille va s'agrandir, mon homme et moi avons gentiment expliqué qui étaient les différents membres de la famille. 

Pour le dire clairement, nous avons, par exemple, précisé que "papy" est le "papa de papa", "mamy", la "maman de papa"; "Tata F.", "la soeur de papa".  De mon côté, "Lok ta" (signifie grand-père en khmer), "le papa de maman", "mak yeah" (bon, pas sûre de l'ortho, signifie, vous l'aurez compris: grand-mère en khmer, à prononcer "mah iyeille"), "mak ming D.", "soeur de maman". 

Evidemment, on a introduit l'amoureux de chaque tante et de ma belle-mère (Mamy).  Et du coup, chacun se voit aussi attribuer le statut d'"amoureux" de (quand il en est un).  Ainsi, "mak yeah" est l'amoureuse de "lok ta", tandis que "lok ta" est l'amoureux de "mak yeah".  Comme "papa" est l'amoureux de maman et que "maman" est l'amoureuse de papa.  Pour l'instant, on a réussi à éluder la question de savoir pourquoi le papa de papa n'est pas l'amoureux de la maman de papa.  Bref, ce genre de joyeusetés qui nous attendent. 

L'Empereur et moi étions en plein dans ce jeu, lorsque je venais de déposer mon père chez lui, où il retrouvait ma mère, celle-ci étant l'amoureuse de celui-là.  Tout va bien jusque-là.  Le Fils s'amuse à répéter à plus soif que l'un est l'amoureux de l'autre, et vice-versa et qu'ils se sont retrouvés chez eux.  Puis, sortie de nulle part, cette question qui m'a laissée sans voix:

Et le papa de Lok Ta, il est où?  Et la maman de Lok Ta, elle est où?

J'étais au volant...et franchement, je pensais disposer encore largement de temps avant d'avoir à me questionner sur la manière de parler de la mort à mon enfant...J'ai commencé par une explication du genre: " le papa et la maman de Lok Ta ont...comment dire?...disparu.  Ils ne sont plus là. Tu sais, ils étaient très très vieux" (ce qui est, en passant, un petit mensonge concernant mon grand-père paternel vu qu'il n'est pas mort de vieillesse mais décédé, peu après que le pays soit tombé aux mains des Khmers rouges, suite aux "bons soins " de l'un d'eux, intéressé par je ne sais quel objet que mon grand-père possédait).

Bon, comme je m'embrouillais complètement dans mes explications, j'ai demandé du temps à mon fils:

"Heu, chéri, je ne sais pas comment te répondre.  La réponse est difficle.  Je dois réfléchir.  Tu me laisses un peu de temps pour que je réfléchisse à comment te répondre?"

Heureusement, le Bonhomme a été magnanime.  J'avoue, je ne suis pas plus avancée, trois jours après.  Toutefois, quelle leçon que celle-là!  Je sais dorénavant que toutes les questions, sur tous les sujets, peuvent débarquer sur le tapis.

Et vous?  Qu'auriez-vous répondu?  Avez-vous été confronté à ce genre de situation?

 

 

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D
Je pensais ne pas vraiment avoir de tabou...Du moins, pas vraiment peur d'aborder des suejets sensibles, éventuellement, le temps venu. <br /> Je me suis trompée.<br /> Il y a peu, je me suis rendue compte que lorsque j'expliquais à mon fils que j'étais à mon cours de céramique, ce n'était pas seulement le terme de "céramique" qu'il ne comprenait pas, mais également, la notion de "cours". <br /> Encore plus récemment, j'ai pris conscience que c'était la même chose pour le "travail".  Quand je dit à mon Fiston que son père est au travail ou que je vais travailler, je n'ai aucun malaise à le dire, or, en y réfléchissant bien, il ne sait pas de quoi je parle quand j'utilise le mot "travail". <br /> Alors, pourquoi n'avais-je pas envie d'utiliser le terme "mort" ou "décédé"?<br /> "Parce que mon fils ne comprendrait pas ce terme", disais-je.  Mais n'ai-je pas, déjà par le passé, utilisé des mots dont il ne peut pas comprendre le sens (ex: cours; céramique; travail)?<br /> En conclusion: La seule raison qui m'a empêchée de prononcer le mot "mort" est sans doute à trouver dans mon malaise à parler à un enfant de 2 ans de ce sujet délicat.  <br />  
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D
Françoise et vous tous qui passez par ici,  je vous recommande[2012-02-07] "Douch est un Cambodgien comme moi" LLB 04/02/12L'auteur, que je connais assez bien (hihi), y parle de cette "banalité du mal".
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F
Bonjour Alia et merci de ta réponse.<br /> Mes interrogations ont été relancées pendant les vacances de Noël. J'ai retrouvé des amis de retour d'un voyage au Cambodge, mon amie est prof de droit public à l'université, mais c'est surtout avec son compagnon que j'ai parlé. Lui (re-)découvrait toute cette époque, il venait de retrouver une amie d'origine cambodgienne qui est retournée vivre là-bas, elle lui a parlé du procès. Suite à cette conversation, j'ai surmonté mon dégoût et regardé "L'avocat de la terreur" sur Jacques Vergès, mais finalement le Cambodge y est juste mentionné en passant, même si j'ai appris d'autres choses intéressantes (guerre d'Algérie, mouvements terroristes des années 70).<br /> Par ailleurs, comme je suis fervente lectrice de BD, je suis tombée sur un album destiné aux enfants (et pas seulement) intitulé "L'enfant cachée". Une grand-mère y raconte à sa petite fille comment elle a été cachée par des "justes" lors de la déportation de ses parents. D'un côté je trouve cela un peu édulcoré (parce que cette petite fille et sa maman survivent, qu'il n'arrive rien aux "justes" et résistants qui l'ont cachée, malgré les risques, et surtout qu'une postface souligne que plus de 80% des enfants juifs de France ont ainsi survécu à l'Occupation). Mais pour un enfant de 9 ans je trouve tout de même ça très violent, et ma fille, à laquelle je l'ai passé après l'avoir lu moi-même, a d'ailleurs versé des torrents de larmes et m'a posé plein de questions. Or elle a buté sur un élément en particulier: les "petites mains" comme tu dis. La concierge de l'immeuble reconnait la petite fille et appelle la police, mais l'homme qui a recueilli l'enfant frappe la concierge et on la voit saigner. "Mais pourquoi fait-elle ça? demandait ma fille. Du coup, ça a attiré mon fils (6 ans 1/2), qui voulait aussi entendre mes explications... Après l'avoir dévoré en 2 soirs, ma fille a emporté le livre à l'école pour le montrer à son maître et ses camarades et apparemment c'est un franc succès, ils se l'arrachent littéralement. J'en conclus que ça répondait à un besoin.Sinon, toujours en BD, il y a aussi l'excellent "Maus", mais ce sera pour plus tard.<br /> Sur le Rwanda, j'avais lu, un peu en diagonale, je l'avoue, parce que ce n'est pas une partie de plaisir, "Une saison de machetes" de Jean Hatzfeld. Et pour en revenir aux BD, j'avais trouvé "Gorazde" de Joe Sacco également intéressant... Mais tout cela ne convient pas à des enfants.<br /> Enfin, mes enfants ne sont pas non plus des "têtes blondes" (d'ailleurs nous ne sommes pas belges mais français)! Mon fils, adopté en Thaïlande, est apparemment né à Ubon Ratchathani, ville natale de Vergès et, bizarrement, pratiquement 80 ans jour pour jour après lui...<br /> Je comprends tout à fait ce que tu dis sur la modération, tu n'as pas à te justifier. Pas plus tard que la semaine dernière le site web de ma mère a été piraté... (http://www.gpiccon.com/)Bon week end,<br /> Françoise
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D
PS: je modère les commentaires pour deux raisons.<br /> 1.  je suis responsable de ce blog, et donc, des propos qui y sont tenus, même si je n'en suis pas l'auteur (difficile de me départir de mon côté juriste);<br /> 2.  il y a des "spams" de commentaires.  Alors, même si j'ai une relative confiance envers ceux qui souhaitent commenter (en plus, vu qu'il n'y a pas foule), j'ai, par le passé, laissé les commentaires libres, sans modération.  Alors, j'ai vu débarquer des commentaires sûrement générés par des programmes, qui contenaient des insanités, du moins, des propos qui n'avaient ni queue ni tête.
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D
Bonjour Françoise,<br /> Voilà.  J'ai eu le nom du gars...Je te l'envoie en mp avec expiications.<br /> J'ai lu l'article sur ton oncle sur wikipédia.<br /> Effectivement, comme dit bien le texte (épisode passé sous silence), je n'ai jamais pensé à l'existence d'un tel mouvement (ou d'autres, quel qu'il soit, en réalité) pendant l'Occupation.  Du coup, ton article m'a vraiment appris une dimension nouvelle de la 2GM. <br /> Je n'ai pas lu Alice Miller.  Mais, j'ai beaucoup lu sur les crimes contre l'humanité et les génocides, de manière générale.  Et je confirme, c'est trop facile de "simplement" cataloguer les bourreaux comme des fous.  C'est sans doute cela le plus dur, c'est de comprendre qu'ils ne l'étaient pas du tout.  Tu cites des personnages clés importants (Hitler, Staline; j'incluerai Mao, Pol Pot, pour la touche asiatique), eux, c'est une chose.  Moi, ce sont les autres, les "petites mains", les bourreaux "ordinaires", ce que Hannah Arendt nomme la "banalité du mal".  S'il suffisait d'expliquer à nos petites têtes blondes et moins blondes (ne les oublions pas, il n'y a pas que des boucles d'or en Belgique, n'est-ce pas?) que ceux qui ont commis des massacres, des plans d'exterminations étaient/sont des fous, suivis par d'autres fous, ben, ma foi, pour ma part, je ne trouverais pas cela exagérément difficile. Je veux dire, ce serait comme parler de la tuerie de Termonde.  C'est atroce, c'est arrivé, et ce par le fait d'un déséquilibré.  Heureusement, ce genre d'événements n'est pas quotidien, du moins, sous nos latitudes.  Oui, c'est difficile; bien sûr, des innocents sont morts, des petits en bas âge en plus, etc., toutefois, comparé à une explication sur un génocide, j'estime que l'échelle de grandeur n'est pas comparable.<br /> Or, comme je l'écrivais, et j'en suis convaincue, il est simpliste, et nous ferions délibérément preuve de cécité, de cataloguer les génocides et massacres de mase parmi les actes commis par des fous.<br /> Et ce qui est paradoxal, c'est que dans un contexte où les références du bien et du mal sont complètement bouleversées, tout le monde est coupable, ce qui atténue quelque part la culpabilité, car aller à contre courant d'un mouvement de masse relèverait de l'héroïsme.  Je ne sais pas si je me fais bien comprendre.  Cette phrase résume assez bien les choses:<br /> Paradoxalement, « plus le groupe dont il fait partie est coupable dans son ensemble, culpabilité  dont il a seulement sa petite part, et moins il est coupable en particulier »(1).<br /> Et c'est cela que j'aurais du mal à expliquer à des enfants qui sont encore dans la construction du bien et du mal.  Il leur faudra comprendre que même pour des adultes peuvent être complètement perdus avec cette distinction au point d'en perdre le discernement...<br /> Puis, comme je trouve difficile d'expliquer qu'au final, des gens, dont des enfants, sont morts en masse sous les yeux et avec les complicités d'autres gens tout à fait doués de raison...<br /> Ceci dit, pour ma part, j'ai de la "chance" dans la mesure où cette partie de notre histoire familiale n'a jamais été occultée, de sorte que j'ai toujours su.  De même pour ma petite soeur, pourtant née ici.  Je mets cela sur le compte du fait que mes parents, chaque fois qu'ils renvoyaient des survivants ayant traversé le même calvaire qu'eux, échangeaient, se remémoraient, reparlaient à ne plus finir des événements, des épisodes, communs ou non, qu'ils avaient vécus. <br /> Mais, moi, je ne vois pas comment je peux faire.  J'étais un bébé.  Je n'ai pas de souvenirs à échanger comme tels avec un autre bébé...quoi que...Par un hasard de la vie, j'ai croisé le chemin d'une Cambodgienne d'origine vietnamienne, née la même année que moi au Cambodge, dont la famille a réussi à fuir en France.  Cette jeune Cambodgienne vietnamienne habite aujourd'hui la Belgique et nous sommes devenues des amies proches.  Nous avons déjà eu l'occasion d'évoquer notre passé, et l'Histoire. Mais, il ne me viendrait pas à l'idée de parler de telles choses en présence de mon fils.  Or mes parents, ils l'ont bien fait, eux...Me demande dans quelle mesure cela nous a traumatisées, ma soeur et moi...<br /> Allez, vaste débat.  Je te quitte sur cette dernière question qui va certainement alimenter ma réflexion sur le sujet.<br /> Nouvelle du jour, que j'apprends d'un mail de mon papa: la Cour suprême a confirmé le verdict de culpabilité de Duch (plus d'infos en googlant, ou ici, un article de presse).  <br />  <br /> _____________(1) G. TARDE, « Les crimes des foules », in Archives d’anthropologie criminelle, 1892, 383, cité par Fr. DIGNEFFE, « Attribution de responsabilité et sentiment vécu de responsabilité – Réflexions sur les contours de la responsabilité pénale à propos du génocide au Rwanda », in Fr. DIGNEFFE & Th. MOREAU (dir.), La responsabilité et la responsabilisation dans la justice pénale, Bruxelles, De Boeck & Larcier, 2006, 416.<br />  <br />  
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