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Il y a quelques jours, j'ai lu le récent rapport du CGé (Changement pour l'égalité): La remédiation scolaire. Une politique du sparadrap? (décembre 2011). Cette étude est surtout intéressante en ce que sa réflexion s'élargit au système éducatif même, au-delà du domaine de la remédiation. Je conseille sa lecture.
Une des recommandations du rapport concerne le déplacement du fameux décret inscription. Dans le but d'assurer le continuum pédagogique entre les primaires et le 1er degré du secondaire, "il faudrait réguler les inscriptions dès l'entrée au fondamental" (p. 53 du rapport). Voilà le CGé qui s'attaque à un véritable tabou en Belgique (voy. La salle des profs, le blog du Soir consacré à l'enseignement).
Je suis partagée...Je connais assez bien l'article 24 de la Constitution qui garantit la liberté de choix des parents. C'est sur cette disposition que s'appuient les tenants d'une liberté totale du choix des parents. Il est en effet important que les parents puissent choisir une école qui correspondent à leurs aspirations. Je veux dire, il est important pour moi que je puisse, si je le souhaite, inscrire mon enfant dans une école à pédagogie alternative.
D'un autre côté, la saga que j'ai vécue ces dernières semaines pour inscrire mon petit dans une école dite alternative m'invite "intensément" à reconsidérer mon point de vue.
En clair, l'opacité et l'arbitraire qui gouvernent les inscriptions en maternelle dans les écoles où j'ai tenté d'inscrire mon rejeton me dégoûtent. Evidemment, c'est parce qu'il est plus que probable que mon garçon reste sur le carreau qu'un désir de vengeance s'invite dans mon esprit...Evidemment...Le réflexe égoïste et individualiste prendrait peut-être, sans doute, le dessus si mon fils avait obtenu une place dans une de ces écoles convoitées. Ce n'est pas le cas, donc voilà ce que cette situation m'inspire.
Pour moi, qui en plus connais particulièrement bien la législation en matière scolaire, les systèmes de soirées "d'informations" visant, notamment, à expliquer les procédures de "pré-inscription" (notion illégale, en vérité. Juridiquement, le parent fait une demande d'inscription, l'école accepte la demande ou indique que, pour des raisons de places, elle ne peut l'accepter. Elle doit alors remettre au parent un papier, donc un écrit daté et signé, attestant de la demande d'inscription et du refus au motif de manque de places...voy. le décret Missions) relèvent pour moi d'une supercherie, d'une mascarade, d'un coup de pub.
Quand je vois l'état de stress, voire d'angoisse, qui submerge certains parents , je ne peux m'empêcher de m'interroger sur le sens de cette réaction (j'y reviendrai peut-être à l'occasion d'un autre billet). A côté de cette question, surgit celle concernant, non la légalité (c'est illégal), mais la pertinence, la cohérence, la légitimité, la raison d'être de ces séances dites "d'informations" qui sont surtout le théâtre de mise en concurrence ostensible entre parents.
Pourquoi encore organiser des séances "d'informations" alors que le nombre de places disponibles n'excède pas ou prou les cinq doigts d'une main? alors que le nombre de parents ayant manifesté leur désir d'inscription l'année dernière, les années précédentes excèdent déjà en soi le nombre de places disponibles? Il y a là une logique qui me dépasse. Pourquoi faire téléphoner les parents à partir d'une heure précise un jour précis, alors qu'un mail ou un fax qui indiquerait l'heure où le parent a manifesté son intérêt laisserait le parent, une fois le mail envoyé, libre le reste de sa journée? Pour nourrir Belgacom? Pourquoi faut-il un mois à certaines écoles pour répondre si les 5-6 places disponibles sont pourvues ou pas, là où d'autres écoles donnent une réponse en 2 jours? Pourquoi ne pas dire CLAIREMENT et OUVERTEMENT ET PUBLIQUEMENT le nombre de places disponibles pour chaque année d'études au lieu d'alimenter une opacité, un doute, le vague? Pourquoi exiger des lettres de motivation des parents? Pourquoi changer les règles du jeu d'une année à l'autre?
Et surtout, comment osent-elles, ces écoles, prétendre qu'elles agissent ainsi dans un but d'"OBJECTIVITE", de transparence et de respect pour les parents?
Pour moi, c'est de la rigolade. Non, j'oserais même, du foutage de gueule. Puis, ces écoles veulent apprendre la citoyenneté, l'esprit d'équipe, la partipation...Je me marre.
La seule réponse qui me vient à l'esprit quand je m'interroge sur cette manière de procéder, c'est que les écoles osent parce que les parents persistent à les solliciter. Elles se savent et alimentent ce "pouvoir", elles nourrissent et chérissent ce sentiment d'être "adulées", tant désirées, elles en jouent et entretiennent leur image. Ces séances "d'informations" fournissent un excellent coup de pub. Voilà ma conclusion.
Après avoir expérimenté cette supercherie, je ne peux m'empêcher de souhaiter plus de réglementations en vue d'introduire du fair-play et une certaine objectivité réelle dans les procédures. En cela, je partage la recommandation du CGé. Certes, un décret inscription ne réglera pas tout, c'est à un changement des mentalités qu'il faut oeuvrer. Toutefois, à l'image de la remédiation, un tel décret s'apparenterait à un sparadrap qui donnerait à tous les mêmes règles du jeu. Pour l'instant, la blessure est béante et les écoles ne pensent pas à la panser mais pensent à l'exposer à leur avantage.
Cependant, je suis réaliste, il est peu probable qu'un tel décret voie le jour les prochaines années...Le tollé provoqué par le décret inscription n'invite pas le politique à (p)oser un tel geste.
Que reste-t-il à faire? A pleurer, mes chers amis. Pleurons...Ou résistons. Agissons ensemble. Faisons pression...Oui, c'est épuisant, oui, cela prend du temps, de l'énergie, oui, ... Que je vous comprends...Alors, on en revient aux larmes?