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Toi, le - la Belge, le - la Bruxellois-e, tu croyais que le lien social était mort. Tu pensais que chaque Bruxellois-e ne pensait qu'à lui / elle, à son propre confort. Tu imaginais qu'il était impossible de réunir un élan de solidarité, de sortir les autres d'une certaine léthargie ambiante. Tu présumais les Bruxellois-es engourdi-e-s dans une torpeur nourrie par la télévision et les publicités te vantant le progrès, la vitesse et ton droit de bouger.
Quelle grave erreur! Ne désespère pas, cher-chère ami-e, la solidarité existe! En voici la preuve.
160.000 personnes pour signer une pétition, en 5 jours à peine! Incroyable, cette mobilisation! Quelle solidarité! J'en pleure d'émotion.
A l'heure de rédiger ces lignes, les Belges sont 17338 à avoir usé de leur droit de citoyens pour dire non. Ils sont donc un peu plus de 17.000 à avoir, en 21 jours, uni leur force pour honorer leur conviction. Et le gouvernement a plié. Quelle liesse! Parce que la mobilité est un droit! Parce que conduire en voiture en ville est un droit!
Bien sûr, la taxe au km n'est pas juste parce que celles et ceux qui bénéficient des voitures de société sont privilégié-e-s. Bien sûr, et c'est indéniable, la géolocalisation via le GPS qu'exige la taxe au km est inadmissible.
En même temps, une chose est certaine. La situation, en terme de circulation, n'est plus tenable à Bruxelles. Des changements doivent se produire. Et si les gens ne parviennent pas à s'y mettre seuls, un coup de pouce du politique est nécessaire. Voici l'exemple même de lâcheté politique. L'exemple même des limites de la démocratie participative et directe. Cette pétition et la réaction du politique posent de sérieuses questions sur le rôle de la démocratie représentative.
Au milieu de ce concert de louanges pour la fameuse pétition, dans l'unanimité des médias et politiques pour dénoncer cette taxe km dès lors que ces consommateurs de voiture devenant grâce à la lutte pour un idéal commun -le droit à la mobilité- des citoyens actifs, se sont tout de même élevées quelques voix pour faire remarquer que ce qui était taxé, ce n'était pas le droit de bouger, mais le choix de se déplacer à Bruxelles en voiture.
Pour sortir de cette unanimité, pour se dégager de ce conformisme, je vous invite à lire en intégralité deux articles.
Le premier est rédigé par Fabrice Grosfilley le rédacteur en chef de Télé-Bruxelles. Sur son blog Rue de la Loi, il livre sa conclusion. Je vous invite néanmoins vivement de lire l'intégralité de son article afin de savourer les arguments qui l'étayent:
"On ne veut pas de la taxe au kilomètre ? D'accord, mais alors installons un péage à l'entrée de Bruxelles. Peu importe la solution pourvu que l'objectif, désengorger la ville, soit atteint. Cela va pénaliser ceux qui habitent en zone rurale et qui doivent prendre la voiture pour rejoindre leur bureau me fait-on remarquer. Et alors ? Il serait temps d'inverser la tendance et d'inciter les classes moyennes à rester en ville de manière à assurer un minimum de mixité sociale et de rentrées fiscales plutôt que de continuer cette pathétique transhumance quotidienne et massive de navetteurs. Si on veut que ça change il faut s'en donner les moyens.
Le deuxième, titré: Ta taxe dans ta gueule!, a été publié sur le site de la Fédération Inter-Environnement Wallonie. Et, comme le premier, il est tout autant excellent et mérite une lecture intégrale. Quelques morceaux choisis:
"« Ma voiture, c’est ma liberté » n’est pas ou plus un slogan, c’est une véritable profession de foi et nulle entrave à cette liberté n’est tolérée. Rappelons alors aux automobilistes pratiquants que la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres… Et sur base de ce principe élémentaire fondant la vie en société, les arguments pour mettre un frein à l’invasion de la voiture ne manquent pas. Accaparement de l’espace public, émission de nuisances sonores, pollution de l’air affectant gravement la santé de tous, contribution massive à l’effet de serre ne sont ainsi que quelques-unes des très bonnes raisons de placer la liberté de l’automobiliste sous conditions."
"L’empressement aussi lâche qu’unanime avec lequel les partis ont manifesté leur opposition à la taxation contestée laisse ainsi pantois. Qu’ils expriment leur point-de-vue (plus ou moins sincère si on s’en réfère au cas de Didier Reynders lancé dans une gymnastique rhétorique pour expliquer sa condamnation d’une mesure… qu’il prône dans un livre qu’il vient de signer !) est une chose, qu’ils le fassent sur l’air de « pas de nouvelle taxe sur l’automobile » et sans la moindre volonté pédagogique de pointer les impasses liées à ladite automobile en est une autre au mieux tristement électoraliste, au pire dangereusement irresponsable. Même Ecolo, atteint du « syndrome de Francorchamps » en vertu duquel l’important n’est pas la pertinence d’une position mais son acceptation par l’électeur, a veillé à se ranger du bon côté de la démagogie en arguant que les conditions pour l’instauration d’un tel système n’étaient pas remplies. Personne pour interroger le cœur du débat (quel système de taxation est le plus efficace pour agir sur les enjeux de mobilité et d’environnement ?), rappeler que des mesures taxant la circulation en ville existent dans d’autres pays où ils ont fait leur preuve, assumer que si ce n’est pas aujourd’hui, ce sera demain ou après mais, tôt ou tard, des mesures restrictives (financières ou autres) devront bel et bien être activées…
Il est particulièrement savoureux de noter que la seule voix discordante entendue dans ce concert anti-taxation est celle de... la FEBIAC (Fédération Belge de l’Automobile et du Cycle), soit le lobby des constructeurs ! Lequel, contrairement à l’automobiliste lambda, est un animal à sang froid, viscéralement rationnel, qui a bien compris l’avantage qu’il pourrait retirer d’une fiscalité basée sur l’utilisation du véhicule envoyant aux oubliettes le système actuel qui taxe l’achat via la taxe de mise en circulation."
Depuis les rapports du Giec (ici le résumé de celui de 2013 - pages 18 et 20) établissant la faute de l'homme dans le dérèglement climatique, nous avons tous à cœur de diminuer le CO2, à consommer vert. Mais abandonner la voiture...Pas question. Nombreuses sont les personnes qui s'étonnent des tsunamis, et autres incidents dits "naturels" comme Fukushima. Les médias devraient jouer leur rôle, ces "incidents" sont tout sauf naturels, mais provoqués par le mode de vie des pays "développés". Ces accidents n'ont rien de "naturels", ils sont au contraire très "humains". Facile de jouer les vierges effarouchées.
dessin de Chappatte *
Pour conclure, parce que les distances entre le domicile et le travail/école ** (je peux parler, avec mon école Steiner de Tervueren et mon usage quotidien de la bagnole), ainsi que les lieux de loisirs ne cessent d'augmenter, je plaide pour l'accessibilité en lieu et place de la mobilité (Le mouvement Rassemblement-R le résume très bien ici)
* dessin découvert lors du visionnage de Specimen consacré à la créativité et aux idées géniales.
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Plus d'infos:
**Etude sociologique: Des mobilités pendulaires, stratégie de conciliation entre vie privée et vie professionnelle de Stéphanie Vincent-Geslin. Le souci:
"Or de récentes recherches montrent que les personnes qui passent déjà plus de 100 minutes en déplacements quotidiens allouent encore plus facilement du temps à leurs déplacements (Joly, 2005 ; Vincent-Geslin & Joly, 2011). Ainsi, l’augmentation des potentiels de vitesse n’a entraîné ni stabilisation ni diminution des temps de déplacements, mais une augmentation des distances parcourues et de la consommation d’espace (Crozet, 2011)."
Un mémoire étudiant le système du péage urbain. Il donne un état des lieux et des chiffres effarants pour Bruxelles, à jour de 2007-2008. auteur: Michaël Vande Velde, Le péage urbain, une solution pour lutter contre la congestion en Région de Bruxelles-Capitale?, 2007-2008.
Pour la France:
Dans les grandes agglomérations, la mobilité quotidienne des habitants diminue, et elle augmente ailleurs de Jean-Paul Hubert, Université de Paris-Est, Inrets-DEST et division conditions de vie des ménages, Insee
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édit du 2 mars
Paru le jeudi 16/01/2014 dans Le Vif/L'Express.
Plus d'infos : www.lebelgebd.com
© Edgar Kosma & Pierre Lecrenier 2014
Paru le jeudi 18/10/2012 dans Le Vif/L'Express.
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Plus d'infos : www.lebelgebd.com
© Edgar Kosma & Pierre Lecrenier 2012