• 3 octobre '14 - J + 33 et l'énergie du désespoir

    Cela fait 1 mois et 3 jours que je me suis lancée dans la recherche d'un emploi.  Je me suis fixée comme objectif d'envoyer minimum 2 cv par semaine.  Je me suis tenue à ce rythme sauf pour une semaine. 

    En 1 mois, j'ai envoyé 7 cv.  Et je suis très contente de moi, j'ai facilement retrouvé le style des lettres de motivation. 

    Sur les 7 cv, j'ai décroché 2 entretiens.  Et j'espère que d'autres suivront pour les candidatures déjà envoyées.

    Mon premier entretien s'est déroulé lundi, en fin de journée.  A l'issue d'une journée de travail.  J'ai retrouvé ma dignité le jour où j'ai laissé entendre à mon chef que je cherchais du boulot ailleurs. J'ai l'impression de reprendre du pouvoir sur moi et ma vie professionnelle chaque fois que je postule.  J'ai ressenti une immense fierté d'avoir décroché un entretien 3 semaines après avoir postulé la 1ère fois depuis 7 ans.

    Mon interlocuteur de lundi respirait l'amateurisme en "gestion de ressources humaines".  J'ai quand même été au rendez-vous.  Ce fut l'occasion de constater que toutes mes jupes étaient devenues trop serrées pour moi.  C'est que j'ai grossi ces dernières années.  Heureusement, une robe noire a fait l'affaire. 

    Ce 1er entretien m'a aussi obligée à revisiter les questions d'embauche classiques.  A examiner à quelles conditions j'acceptais de partir (salaire équivalent au moins, ok pour contrat à durée déterminée si possibilité de devenir un CDI - je suis actuellement liée par un CDI).  J'ai beaucoup aimé ce premier entretien, car il m'a permis de m'exercer, sans trop d'enjeu. 

    Certes, le boulot en soi m'intéressait (je n'ai postulé que pour des boulots potentiellement intéressants à mes yeux).  Mais, j'ai aussi réalisé que je m'attache à la fonction de juriste par peur de ne pas pouvoir retrouver un poste de juriste si l'envie me revenait.  Mon 2ème entretien, pour une fonction non juridique, a évacué cette crainte, de sorte que je suis sereine avec cette décision de lâcher une fonction juridique.

    Entre mon premier entretien de lundi et le second d'aujourd'hui, j'ai vu une coach professionnelle.  Et cela m'a aidé.  A voir à quel point ce que j'ai subi au travail s'apparente pour moi à une violence d'une rare intensité.  De voir aussi que le sentiment d'injustice me donne une force, certes, mais ma sensibilité à l'injustice peut aussi se révéler une faiblesse tant je suis atteinte par celle-ci.  La coach a rapidement fait le lien avec mon passé.  Le fait d'être chosifiée n'a pas de sens.  C'est pour moi intolérable, impardonnable.  C'est poser un geste inhumain qui marque une rupture nette et sans retour possible. A supposer que la big chef le décide, il est tout simplement inenvisageable que je retourne à mon ancien poste.  La rupture a été consommée.  La confiance et l'envie de collaborer ont inexorablement disparu. Je suis actuellement en mode survie et ma survie dépend de ma porte de sortie.  Et c'est clairement ce désespoir qui nourrit ma force pour trouver une voie de secours, autrement dit, un autre boulot.

    Lorsque j'ai compris que je ne pourrais plus rester chez mon employeurs actuel, j'ai envisagé toutes les pistes dont la démission.  J'ai alors été prise par un stress énorme de manque.  Le spectre de mes deux années de chômage consécutives à mes études est réapparu. 

    En effet, j'ai connu une période interminable (2 ans) de chômage à la fin de mes études.  Ce fut des années difficiles.  J'ai traversé des doutes, ai perdu confiance en moi, me demandant sans cesse ce qui clochait avec moi pour que personne ne veuille m'embaucher. 

    Certes, à bien y réfléchir, maintenant, je n'ai pas de raison d'entrer dans cette spirale de dépréciation de moi...Mais la peur est irrationnelle.  Elle est irraisonnée.  Elle est déraisonnable. J'ai été prise de panique. 

    J'ai aussi eu mal au ventre à l'idée de me trouver sans revenu financier.  J'ai eu mal au ventre à l'idée de ne pas pouvoir acheter des parts de gâteau au chocolat quand j'en avais envie.  L'idée-même que je devrais faire attention à l'euro près me rendait malade.  Mon enfance a été baignée dans le manque d'argent.  Du moins, ai-je toujours été bercée par cette "vérité" que "nous n'avions pas d'argent".  Enfant, je m'étais promis de ne jamais vivre dans cette peur, ce manque, une fois que je serais devenue financièrement indépendante. 

    Il m'a fallu affronter ces peurs. La peur du chômage. La peur que personne ne veuille m'engager.  La peur de me retrouver sans ressource.  La peur de "manquer d'argent".  C'était et c'est très dur.  Mais...

    Mais, avec les 2 entretiens décrochés assez rapidement, je vois la situation différemment. 

    Le 1er entretien correspond à la 1ère lettre de motivation envoyée la 1ère semaine de recherche, le 4 septembre exactement.  Nos chemins se sont séparés car mon candidat employeur ne m'offrait pas un salaire suffisant. 

    Le second entretien concerne un cv envoyé la semaine dernière.  La date limite pour postuler était le 30 septembre. Dans la journée du 30 (genre, ils ont quand même attendu la date limite pour me téléphoner), j'ai été contactée pour un rendez-vous, lequel a eu lieu 3 jours après, à savoir aujourd'hui.  

    Ces deux entretiens me donnent espoir.  D'abord parce que mes lettres font suffisamment mouche pour qu'on m'accorde un rendez-vous.  Aussi parce que mes craintes de ne pas trouver d'offres intéressantes se sont fondues à la lecture des perspectives potentielles dont regorgent (bon, regorgent est trop fort) les sites d'annonce de job.   Enfin, parce que je réalise comme ces lettres envoyées me redonnent goût au travail.  Et m'ouvrent sur des perspectives de travail positif, de travail en lien possible avec mes convictions et mes centres d'intérêt (du moins était-ce  particulièrement le cas aujourd'hui).

    Je n'ai pas envie de positiver.  Je déteste la mode très néo-libérale qui enjoint de positiver...Il n'empêche, le coup de pied aux fesses que j'ai subi le 1er septembre m'aura donné une énergie immense pour trouver un autre travail; sans ce coup de couteau dans le dos, il est évident que je n'aurais pas été en mesure de déployer une telle conviction pour chercher mieux ailleurs.

    Enfin, il est d'usage de ne pas révéler l'état de ses recherches à son entourage. On ne dit pas, généralement, qu'on a été refusé ou qu'on a obtenu un entretien...Pour ma part, je bénéficie d'un groupe de soutien de femmes totalement magique.  Je me sens soutenue. Ces derniers temps, j'ai réalisé le crédit que j'accordais au soutien entre pairs...Ce cercle totalement informel de femmes m'est précieux et confirme mon intuition sur le besoin de soutien par des pairs. 

    Si elles me lisent ici, que Marie, Laura, Karima, Sophy, Aurore, Anaïs et Nele soient sincèrement et publiquement remerciées pour leur présence et leur chaleur.

     

     

     

    « 3 octobre '14 - Bébé 3 à la maison, attends-moi pour la tétée, mon amoureux3 octobre '14 - L'OMS plaide pour le respect des femmes lors des accouchements »

    Tags Tags : ,
  • Commentaires

    1
    Marie
    Samedi 4 Octobre 2014 à 00:09

    Ne rien dire tant qu'on a pas décroché d'emploi, taire tous les efforts que l'on fait, toutes les interrogations qui nous traversent ... comme si ça allait porter malheur! C'est fou, cette pression! Merci pour ce billet! Tu trouves des mots justes et je suis sûre qu'ils te guideront vers là où tu veux aller.

    2
    Mercredi 8 Octobre 2014 à 00:49

    Merci pour ton commentaire, Marie.


    C'est un fait.  Dans nos sociétés, il est d'usage de ne pas révéler ses efforts.  Comme si cela portait malheur.


    Je fais un parallélisme avec la grossesse qu'on ne "peut" pas révéler avant trois mois.  Cela m'avait frappé dans le récit de PandaVG dans son journal de fausse couche. Certain-e-s collègues avaient laissé entendre qu'elle n'avait pas à révéler cette grossesse puisqu'elle n'était pas encore arrivée au fameux "trois mois".  Comme si l'émotion et la tristesse seraient moindre si on ne la révélait pas...

    Pour en revenir au boulot, c'est, j'imagine, par fierté...de ne pas révéler sa déception...A contrario, il est vrai que cela peut être ennuyant de répéter 36 000 fois une "mauvaise nouvelle" ou "pas de nouvelle"... 

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :