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8 mars '14 - Grosse colère

L'autre jour, je lisais Grosse Colère avec (et non à) mon Fiston. 

Depuis l'été, avec un pic à partir d'octobre jusque décembre, mon Petit Prince piquait des colères et fureurs terribles. Mon homme et moi nous sentions atrocement impuissants et démunis.  Comme cela faisait longtemps que Fiston n'avait été ni pesé ni mesuré par la pédiatre, comme je souhaitais parler des grosses colères de celui-ci afin d'éventuellement obtenir le nom d'une personne à consulter, je voulais aussi discuter des phobies de mon petit (phobie des animaux, peur terrible des monstres), je me suis rendue chez la pédiatre avec mon fils pour une consultation générale, ce dernier n'était nullement malade.

Les colères du Petit Prince nous déconcertaient. Elles pouvaient surgir à n'importe quel moment, s'affirmaient de manière excessive, plombant clairement l'ambiance à la maison.  Nous ne savions plus sur quel pied danser au quotidien  Les crises pouvaient éclater sur une simple remarque, sur un simple geste, parfois la plus anodine, parfois le plus futile.   Filliozat ne parvenait pas à nous aider à conserver notre calme.

Ce sont les colères de mon fils, dont nous avions déjà goûté les arômes l'été, qui m'ont mise la puce à l'oreille.  Depuis quelques mois, je traverse des sensations de colère, accompagnées de haine, démesurées.  Je peux par exemple citer l'événement de la nounou qui a décrété qu'elle cesserait son activité du jour au lendemain (je l'évoquais très brièvement ici).  Je fus mise au pied du mur, sensation qui a l'art de déclencher chez moi un tsunami de rage.  Cette situation, me retrouver sans personne pour prendre soin de mon enfant alors que je travaillais, sans préavis, déclencha en moi une fureur du même ordre que la maman qui, également du jour au lendemain (coup de téléphone samedi pour annoncer son retrait du groupe, alors qu'elle était censée venir lundi) se désengagea de notre projet de garde alternative à la maison.  D'ailleurs, à mes yeux, la trahison est équivalente, voire pire de la part de la professionnelle avec qui un contrat formel était signé et des sous engagés.  A côté de ces deux événements majeurs, d'autres épreuves personnelles parsèment mon existence, de manière telle à m'imposer ces émotions qui m'habitent avec persistance depuis quelques temps: la colère et la haine.

Et les accès de fureur de mon petit bonhomme me sont apparus comme l'écho des tourments qui me hantaient depuis belles lurettes de manière certes insidieuse, néanmoins plus étouffée que les manifestations frénétiques de colère de mon fils.

Ma prise de conscience ayant atteint ce pic, j'ai cherché de l'aide.  D'abord pour mon fils.  Auprès de la pédiatre.  Dont les traitements allopathiques ne nous correspondent pas, mais dont j'apprécie l'accompagnement émotionnel.  Je ne fus pas déçue par cette consultation où je pus m'exprimer sur notre malaise vis-à-vis des colères de Fiston, le tout en présence de ce dernier qui était, mine de rien, tout ouïe.  Depuis cette heure au cours de laquelle il a dessiné, notamment la colère (sur demande de la pédiatre), il me semble que la brutalité de ses déchaînements s'est atténuée. 

Lors de la séance de lecture de "Grosse colère", livre que je recommande afin d'amorcer une conversation sur cette émotion si particulière, si mal-aimée dans nos sociétés, et pourtant si nécessaire à ressentir pour pouvoir l'ex-primer, nous avons reparlé de la consultation avec la pédiatre. 

J'ai eu l'occasion de partager ma propre difficulté face à la colère qui grondait en moi.  Je ne me souviens plus des mots exacts.  Donc je rapporte ici les idées et la manière dont, je crois, elles ont été exprimées.

Moi - Tu sais, moi aussi, j'ai un problème avec la colère. J'ai beaucoup beaucoup de colère en moi.  Grande comme ça (je mime un geste énorme).  Et je ne sais pas quoi en faire.

Fiston - Moi, je sais, maman.  Tu peux me donner une partie de ta colère.  Et je la rendrai toute petite, puis quand elle sera toute petite, je la mettrai dans une boîte.  [comme le petite garçon fait avec sa propre colère dans le livre "Grosse colère"].

Moi - Tu crois?  Et elle deviendra toute petite?  Tu sais, ce n'est pas à toi de faire cela.  C'est moi qui dois trouver une solution.  Tu sais, je vais voir un docteur pour voir comment il peut m'aider.

De fait, le message - la fureur que mon fils exprimait comme miroir possible du tourment qui m'habitait - a résonné suffisamment chez moi pour que je me décide à agir, de mon côté.  C'est ainsi que depuis décembre, je consulte un médecin pour des séances d'EMDR.  Et lorsque mon amie Laura, ingénieure et psychologue, a annoncé, à l'occasion de son stage effectué dans la cadre de sa formation universitaire, son intention d'organiser un cycle de 8 séances d'initiation et pratique à la pleine conscience, j'ai sauté sur cette opportunité en or de découvrir cette forme de méditation que je retrouve partout et dont les éloges ne tarissent pas (comme dans ce n° de SPECIMEN consacré au bonheur, ou dans le n° 93 d'Imagine).

Je m'étais déjà frottée à la méditation.  Ce flirt était très superficiel.  J'étais invariablement happée par Morphée lors des mantras et autres méditations silencieuses.  La pleine conscience, avec le bodyscan, ne se démarque pas des autres expériences.  Mon esprit tend à fuir dans d'autres sphères.  J'avoue très humblement que la médiation en pleine conscience éveille en moi des sensations tellement désagréables que je les ai décrites en des termes très forts: "atroce", "une torture de ne pas pouvoir bouger", "une souffrance de focaliser son attention sur une partie du corps alors que je ne ressens rien" (allez-y pour mettre votre conscience dans vos orteils)...Du coup, j'ai décroché.  Et de temps à autre, quand les enfants ne sont pas dans les parages, je m'essaie à un exercice.  Est-ce l'EMDR? est-ce la Pleine conscience?   Je traverse en ce moment une période chahutée, où le passé s'invite avec insistance, de l'époque de la gestation dans le ventre de ma mère (avoir vécu 9 mois dans un environnement si insécurisant ne cesse de m'attrister pour le bébé que je fus.  Il aura fallu porter la vie deux fois dans mon antre pour que se produise chez moi cette prise de conscience.  Laquelle dévoile toute la tristesse et le chagrin que cet épisode de ma vie a imprimé en moi), de ma naissance (par césarienne in extremis dans des conditions effroyables), à la petite enfance dans une commune riche empreinte de racisme.  Mes années d'études, mes boulots ainsi que mes premiers amours ne sont pas épargnés non plus.   

La tourmente et le blues qui colore ma vie par moment de manière très marquée m'ont même amenée, à un moment particulièrement bleu, à me demander s'il n'était pas temps de reprendre le travail. C'est dire l'état d'accablement que je traversais.  Lorsque le lendemain de ce passage, je me suis demandé comment je faisais lorsque je travaillais, j'ai réalisé comme le fait de travailler est un prétexte tout trouvé pour fuir toutes ces émotions, pour anesthésier une série de questions et de remises en question.  Pas étonnant que certaines personnes s'accrochent au travail comme à une bouée.  Le vide, le temps que laisse le non-emploi, peut être particulièrement confrontant (pour reprendre une expression chère à mon amie Aurore).  Il est des situations où contacter ses émotions est loin d'être confortable.  Alors pourquoi persister?  Parce que le statu quo, si éprouvant mentalement et physiquement, n'est tout simplement plus envisageable, parce maintenant que je ne travaille pas, je bénéficie des conditions idéales pour creuser les malaises et mal-être: la possibilité de dormir en journée lorsque les enfants sont ailleurs (ou lorsqu'ils font la sieste), la possibilité de pleurer quand je veux quand je suis seule, ce qui arrive encore souvent quand les enfants sont à l'école/halte-garderie), la possibilité d'appeler mes amies à la rescousse pour me remonter le moral (je jouis d'un réseau précieux d'amies disponibles la journée comme moi).  

Et parce que :

"L'amour-propre, qui saigne toujours du coup qu'il a reçu, ne pardonne jamais."
Citation de Paul Morand ; Excursions immobiles - 1944.

il peut être bon de se demander comment ne plus saigner pour trouver la sérénité en soi.

 

 

 

 

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D
J'adore trop ton avatar. Il va bien avec ton dernier commentaire!  Bah, tu sais, l'une n'est pas l'autre, n'est-ce pas!  Moi, je te conseille avant tout la pleine conscience.  A essayer.  En plus, cet outil se veut autonomisant....heu, dans le sens, tu pourras décider toi-même des séances, où et quand...Pas belle, la vie?  <br />  
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P
Oui bien sûr j'en ferai un retour. C'est pas très encourageant si tu as finalement décidé d'arrêter.
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D
Tu feras un retour si tu y goûtes?  <br /> Pour ma part, je vais cesser un temps...Ou pour toujours.  Je n'ai pas l'impression que cela m'ait plus aidée que le temps qui passe.  Puis, il me faut bien faire des choix pour pouvoir, un jour, éventuellement, poser le choix du test de QI.  3-4 séances d'EMDR épargnés me payeront un bilan chez un-e psy. 
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P
Une collègue et amie commence des séances d'EMDR à la rentrée. J'attends ses impressions pour voir. Je crois que j'ai moi aussi besoin d'aide dans ma gestion de mes émotions et notamment de la colère. 
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D
Merci pour tes commentaires.  Au plaisir de te lire.
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