• [2012-09-24] Avis de recherche d'une amie pour son mémoire de psychologie sur le deuil

    Je relaie la demande d'une amie


    Bonjour,


    dans le cadre de mon mémoire de master en psychologie clinique (ULB), je cherche des témoignages de personnes vivant ou ayant vécu des deuils particuliers.

    Mon mémoire porte sur les relations entre l'endeuillé et le mort dans le sens ou, après un décès (à n'importe quelle échelle de temps), quelque chose de l'ordre de la relation s'instaure ou continue entre le vivant et le mort, en dehors de toute perspective psychopathologie. Ce sont des personnes qui, par exemple continuent, à poser des actes pour la personne défunte. Ou encore qui pensent qu'il faut faire quelque chose pour le mort mais ne savent pas quoi. Ce sont là des exemples, la variété des situations est multiple et riche. Ce travail s'appuie sur une thèse d'ethnopsychiatrie effectuée par Magali Molinié "Soigner les morts pour guérir les vivants".Il s'agit d'une forme d'anthropologie du deuil aujourd'hui, en Belgique.

    Si vous avez vous-même vécu quelque chose de cet ordre ou bien si vous connaissez des personnes qui pourraient témoigner, je vous remercie de me contacter et/ou de faire passer ce mail.


    Pour les entretiens, je rencontre les personnes désireuses de partager leur témoignage et nous avons une conversation d'une heure environ, ou plus, éventuellement en deux fois. La douleur et les difficultés éventuelles des témoins seront toujours prises en compte.

    Laura P.
    Lui écrire un mail à : lperichoATulb.ac.be

     



    L'ethnopsychiatrie, je l'ai connue via Tobie Nathan, dont j'ai acheté un des livres.  Par contre, j'ai vu une vidéo d'une séance que j'ai beaucoup moins aimée. Mais bon, c'est un autre sujet...

    Pour en revenir au mémoire, lorsque j'ai lu l'annonce, j'ai réfléchi et me suis demandé qui pourrait être concerné dans mon entourage.

    J'ai pensé à mon papa.  Lui qui s'est donné comme mission de témoigner des atrocités qu'il a vécues au Cambodge sous la période des Khmers rouges, tâche qu'il a accomplie jusqu'à témoigner officiellement devant les Chambres extraordinaires du Cambodge (sur fb, c'est ici)  Ce blog, notamment ce compte-rendu et les différents articles de presse montrent comme les avocats de la défense peuvent se montrer agressifs, à la recherche de la moindre faille pour décrédibiliser les témoins (c'est aussi leur boulot, ok; façon de voir.  On peut défendre sans mordre son adversaire).  Il n'est donc pas exagéré de dire que témoigner pour l'accusation relève d'une épreuve éprouvante. 

    Le lien avec l'annonce de Laura?

    Evidemment, c'est l'histoire d'un pays...Certes, mais à côté de cela, pour mon père, c'est aussi une question de devoir de mémoire, et d'hommage pour les victimes.  Parmi celles-ci, les membres de sa famille, à commencer par son père.  Sa mère n'a jamais réussi à faire le deuil de son mari.  Comment aurait-elle pu?  Elle n'a jamais vu le corps de son homme.  Et il y a tant de familles séparées qu'on a pu croire des personnes décédées qui, en réalité, avait survécu. Je connais ainsi personnellement une amie de la famille qui a recherché sans relâche jusqu'à retrouver sa fille, vingt ans après les faits...Je m'éloigne du sujet...

    Mon père.  Il écrivait ceci, suite à son témoignage devant les Chambres extraordinaires:

    En lisant les centaines « confessions » laissées à S21, longtemps j’étais un peu vexé que mes amis, avant de mourir,  ont pu oublier d’inscrire mon nom parmi leurs proches.  Et plus tard pour donner une raison positive à cet oubli incompréhensible, je me disais qu’ils voulaient que je continuer à vivre et à parler en leur nom. La vérité, je ne saurais jamais. Les vrais témoins, comme disait encore Primo Levi, sont tous morts.

    J’ai eu envie d’intervenir, de parler, d’écrire, en pensant à eux. Ai-je le droit ? Ai-je réussi ? Aux autres de juger (pour le texte entier, c'est ici)

    Voilà, tout ce que cette annonce est venue réveillée en moi.  Car je cherchais qui parmi mes connaissances pourrait avoir un contact spécial avec une personne proche décédée.  C'est cette phrase qui m'a fait pensé à mon père: Ou encore qui pensent qu'il faut faire quelque chose pour le mort mais ne savent pas quoi. Mes parents, avec des amis ou l'un ou l'autre tante,  ont comme projet d'acheter un terrain pour y ériger un monument à la mémoire de leurs familles et amis. 

     De fil en aiguille, je me suis demandée quelle position je tenais par rapport à "ça"...

    Moi? 

    Moi, j'ai entendu durant toute mon enfance que j'avais eu de la chance, de la chance parce que j'étais bébé quand les événements se sont produits; que je n'avais pas été atteinte.  "Tu as de la chance, tu n'as pas vécu tout cela, toi, tu n'es pas traumatisée."  D'autant plus de chance que, par miracle, je suis née (oui, cela tenait déjà du miracle), et que par la suite, ma mère n'a jamais manqué de lait, contrairement à beaucoup d'autres femmes sous-alimentées.  Pendant longtemps, jusqu'à peu en fait, j'ai cru cette version.  Oh, finalement, je n'ai pas été atteinte par les Khmers rouges.  A peine concernée...

    Sauf que...que quand même, j'y ai perdu ma famille.  Je n'ai jamais connu mes grands-parents, à l'exception de ma grand-mère paternelle qui a survécu.  Mes oncles et tantes y ont laissé leur vie, sauf une tante du côté maternel, deux tantes du côté paternel et un oncle du même côté. 

    Depuis que je suis devenue mère, je sais comme les mois de gestation comptent.  Je sais l'importance de l'environnement pour un enfant, pour un bébé, un nourrisson.   Je ne parle même pas de la naissance...Qu'est-ce que cela fait que d'être conçu dans un climat de terreur et de stress permanents?  D'entendre de l'autre côté du ventre que l'on cherche à vous tuer?  Qu'est-ce que cela fait que de naître dans des conditions épouventables (quand je dis épouvantables, cela n'a rien à voir avec le fait de pouvoir mettre de la musique à son accouchement ou de pouvoir choisir sa position d'accouchement, ou son lieu d'enfantement, ou ce genre de questions)?  Mais surtout, qu'est-ce que cela fait pour un nourrisson de baigner dans une atmosphère de guerre, de famine et de grand stress constant? 

    Franchement, je n'ai pas dû vivre des moments faciles, étant tout bébé...

    Et plus tard, cela donne quoi?

    Non, je ne parle pas avec les morts, avec ceux qui ont péri.  Mais, j'ai longtemps eu comme un sentiment de dettes.  Ne me suis-je pas spécialisée en droits de l'homme?  En toute dernière instance, comme travail de fin d'étude de ma spécialisation, je me suis enfin décidée à étudier la question des Khmers rouges sous un angle juridique.  J'ai plongé dedans.  Dans cette matière.  Pour écrire.  Pour en parler lors de conférences, débats, etc.  Pour dénoncer...J'ai même failli rédiger une thèse sur le sujet.  Projet abandonné après quelques temps.  Trop déprimant.  Mais, à l'époque, je pensais qu'avec ce doctorat, "la boucle serait bouclée".  Il y avait un air de revanche sur la vie, sur la mort, pour les morts dont je ne faisais pas partie, mais qui avaient, par leur absence, été tellement présents pendant mon enfance, jusqu'à l'âge adulte.  Petite, j'ai toujours su que j'en viendrais à "faire quelque chose" en lien avec les Khmers rouges.  Parce qu'ils ont détruit mon pays, parce qu'ils ont tué les miens, parce qu'à cause d'eux, à 3-4 ans, je demandais naïvement pourquoi je n'étais pas entourée de mes grands-parents comme les autres enfants; parce que, en partie à cause ou grâce (?) à eux, je suis en Belgique et non au Cambodge...

    Dernièrement, avec les questions de mon fils (voy. [2012-01-18] Maman, il est où le papa de grand-père? Ou comment être prise au dépourvu devant des questions de son enfant de 2 ans), j'ai eu l'un ou l'autre échange avec une amie née la même année que moi, au pays, comme moi.  Comment vais-je faire pour parler de mes grands-parents, de ma famille à mon fils?  Avec mon homme, nous nous sommes déjà interrogés sur la manière de transmettre le passé de ma famille?  Comment parler des Khmers rouges à nos enfants?  Nous n'avons pas trouvé la réponse...La réflexion est suspendue.

    Voilà jusqu'où une annonce pour un mémoire en psychologie peut mener...


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