• [2011-05-04] Notre accouchement en maison de naissance, un choix conscient et réfléchi

    Après la naissance de notre petit bout, mes parents nous ont révélé nous avoir crus embarqués dans une secte...tout cela parce que nous avions refusé de donner une date exacte d'accouchement pour ne pas subir de pression à l'approche du terme.  Cette stratégie s'est révélée désastreuse.  Notre fils ayant été encouragé (de manière naturelle) à quitter mon ventre après 17 jours de la période annoncée (nous avions notifié à notre famille l'accouchement pour  la fin août-début septembre).  Cette crainte de mes parents était également nourrie par notre décision d'accoucher en maison de naissance, loin de la panoplie d'actes médicaux non nécessaires.  Je n'ai par exemple subi mon premier T.V. pour accéler les choses (sauge, huile de ricin) que quelque jours avant un déclenchement à l'hôpital prévu fin de la semaine.    

    Comme on a souvent peur de ce qu'on ne connaît pas...mieux vaut peut-être chercher à connaître.  Alors, une maison de naissance, qu'est-ce que c'est?

    Mon but ici n'est pas d'expliquer en théorie ce qu'est une maison de naissance.  Donc, je résumerais ainsi, pour faire simple: une maison de naissance est un lieu où les femmes peuvent accoucher dans le respect de leur projet de naissance.  Un projet de naissance est une réflexion couchée sur papier des gestes médicaux désirés et surtout non désirés lors d'un accouchement (la fameuse péridurale, épisotomie, ventouse, bébé lavé dès la sortie du ventre, et des meilleurs);  de l'ambiance souhaitée lors de l'accouchement (calme; musique douce; musique tonique; silence; pas de parole, etc.).

    La maison de naissance d'Ixelles où mon fils est né consiste tout simplement  en une maison habitée par une sage-femme.  Rikke a acquis la propriété et a rénové le rez  où se situent une pièce qui fait office de cabinet de consultation, la chambre et la salle de bain où peuvent se dérouler l'accouchement.  A l'étage, une cuisine et le salon de cette sage-femme sont également à disposition pour le couple qui accouche ( pour ma part, j'aime parler de la venue au monde  de notre bébé comme de "notre" accouchement, parce que mon chéri a autant participé que moi en supportant mes cris dans ses oreilles, mes ongles dans ses mains, tout mon poids sur ces genoux,...).

    Alors, pourquoi accoucher en maison de naissance?

    J'ai déjà parlé dans [2011-04-28] Trois fées pour un plaidoyer. L’éloge d’une naissance amoureuse et consciente les circonstances qui m'ont amenée à m'intéresser aux maisons de naissance.

    Dès que j'ai su que j'étais enceinte, je me suis mise en quête d'une sage-femme.   Encore plus, suite à ma 1ère et dernière visite chez ma gynécologue de l'époque.  Sans me prévenir, elle a pratiqué une échographie (à 7 semaines de grossesse, si vous voyez ce que je veux dire) alors qu'elle ne m'avait rien demandé et que je m'étais pourtant préparée à refuser.  J'ai compris ce que d'aucuns dénoncent: la situation de faiblesse et de  soumission (ne dit-on pas qu'on subit un examen médical?) qu'implique souvent la relation entre un patient et son médecin.

    Heureusement, la première sage-femme que nous avons consultée nous a informés de l'ouverture de la maison de naissance à Ixelles. 

    Je voulais une naissance respectueuse de ma physiologie et du rythme de mon enfant avec une sage-femme qui partage les mêmes valeurs que nous à propos de la médicalisation exagérée des accouchements.  Pour une première naissance, je ne me sentais pas d'attaque pour envisager un accouchement à domicile, dans notre petit appartement dont les murs étaient si mal insonorisés. 

    Et je ne regrette pas d'avoir choisi cette formule.  J'ai apprécié de pouvoir rentrer à la maison, dans un environnement plus neutre par rapport à l'accouchement.  En effet, le lieu où est né notre fils était très chargé: sa venue au monde fut un épisode particulièrement intense en émotions car difficile (peut-être que j'y reviendrai dans un autre billet j'ai écrit le récit de mon accouchement ici).

    J'aime raconter cette anecdote pour expliquer mon état d'esprit.  A une collègue qui me disait toute son admiration devant mon choix: "quel courage d'accoucher en maison de naissance!", je rétorquai tout de suite : "non, toi, quel courage d'avoir accouché à l'hôpital".  Cette collègue avait lu Isabelle Brabant, Une naissance heureuse.  Elle me l'avait même conseillé avant de connaître mon projet d'accouchement.

    Et ma réponse à cette collègue est sincère.  J'avais lu de très très nombreux témoignages d'accouchements "volés" aux parturientes à cause d'une médicalisation excessive et surtout non légitime.  J'étais prévenue de la fragilité qui traverse la femme (et l'homme) au moment d'accoucher.  Comme l'a écrit Isabelle Brabant, la femme n'est pas surhumaine.  Comment refuser la péridurale dans un environnement qui pousse à l'accepter, dans un milieu qui ne permet pas d'établir et de développer des solutions pour atténuer la douleur  et l'accueillir quand il n'est pas possible de la diminuer? 

    Vient la fameuse question: et si les choses dérapent?

    Une solution de rechange est toujours prévue: le rapatriement à l'hôpital.   J'en connais qui ont dû se résoudre à cette solution.  Quant à nous, nous y avons échappé in extremis.  C'est justement quand il fut décidé de partir pour l'hôpital que la force du désespoir (me retrouver dans un lieu rempli de malades, avec  le risque de tomber sur des médecins qui ont oublié la dimension humaine de leur travail) a débloqué une situation qui stagnait depuis des heures.

    Accoucher à domicile ou en maison de naissance ne signifie pas inconscience. Au contraire, les couples qui optent pour cette solution sont amenés à beaucoup y réfléchir.  Ils sont suivis par une sage-femme qui les accompagne lors de la grossesse.  Ce travail d'accompagnement prénatal est indispensable et permet de prévenir et d'éviter nombres de gestes médicaux intrusifs non nécessaires. 

    Avec notre sage-femme, Aline JEANDENANS, envers qui j'ai énormément de gratitude, et sa coéquipière (les sages-femmes travaillent en binôme), Marloes  SIJBENGA, les consultations duraient le temps nécessaire pour un dialogue constructif et  pour l'élaboration d'une véritable relation de confiance (entre une heure et deux).  Nous avons abordé tous les sujets inimaginables tant sur la grossesse que sur l'accouchement (j'avais terriblement peur de la douleur).  L'après-accouchement relevait pour moi encore de la fiction tant que j'étais enceinte. 

    Au contraire donc de l'inconscience, disais-je, car tous les aspects ont pu être abordés sans tabou.  

    Ceci étant dit, le plus important n'est pas tant le lieu de naissance.  Pour moi, l'essentiel est que le femme qui accouche ait le choix.  Qu'elle puisse prendre une décision en connaissance de cause.  Accoucher à l'hôpital, c'est, pour certaines, plus de sécurité.   Je n'encouragerais jamais une femme qui ne se sentirait pas en sécurité d'accoucher autre part qu'à l'hôpital à tenter l'expérience. 

    Pour d'autres femmes, comme moi, l'hôpital, c'est au contraire courir plus de risques.  Dans mon cas, si j'avais opté pour l'hôpital et  pour un suivi classique, d'abord, l'accouchement aurait été déclenché, peu de médecins auraient laissé mon bébé se décider tout seul (certes avec un petit coup de pouce, mais tout à fait explicable vu les circonstances).  Ensuite, si l'accouchement que j'ai connu s'était passé dans une structure hospitalière, il est certain que j'aurais subi une césarienne (vous noterez le vocabulaire "subi").

    Alors, oui, je le répète, le choix de la maison de naissance est une choix éclairé, conscient et mûrement réfléchi.

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  • Commentaires

    1
    Dimanche 1er Janvier à 17:48

    Bonjour,

    Je découvre votre blog...  Je suis une maman belge de six enfants.  La moitié de mes enfants ont "vu le jour autrement en d'autres lieux", en venant au monde en MDN (voir: Voir le jour... en Maison de Naissance!)  Nous habitons en France depuis maintenant six ans...  Et les deux petites dernières sont tout de même nées en Belgique en MDN... 

    Au plaisir, peut-être, de vous rencontrer au détour de mon blog?!

     

    Marina.

    2
    Mardi 17 Janvier à 08:30

    Bonjour,
    Merci pour ce commentaire.  J'irai voir votre blog et me réjouis de vous découvrir!
    Désolée pour cette réponse tardive, c'est que j'ai été longtemps déconnectée...J'en expliquerai les raisons dans un billet prochain.

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