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Une dame, d'un certain âge: Je cherche un cadeau pour ma petite fille. Que me conseillez-vous?
Le marchand: Je vous recommande ce jeu. C'est un jeu éducatif. L'enfant apprend à ...
La dame: - non, je ne veux pas d'un jeu éducatif. Je veux offrir un jeu pour jouer. Sans autre but que de jouer. J'en ai marre de voir partout des "jeux éducatifs".
Voilà une conversation saisie au marché, un vendredi après-midi, il y a à peu près trois ans. Ce dialogue m'est resté. J'étais enceinte ou venais d'accoucher. Jusque là, j'étais hyper favorable aux jeux éducatifs. Quant à jouer, autant que le jeu "serve" à quelque chose, "serve" à apprendre "quelque chose d'utile" (croyance naïve qui devrait amorcer également la question des "choses utiles").
Puis, cette réplique de la dame. Il n'y a plus que des jeux éducatifs. Que l'on laisse les enfants jouer pour le plaisir de jouer. Quel beau plaidoyer! En quelques mots, j'ai basculé. Ben, oui, laissons les enfants s'amuser pour la gratuité de s'amuser, sans autre but, sans autre dessein caché de la part des adultes qui proposent ou offrent un jeu/jouet.
Dans un article précédent, j'expliquais avoir pris distance avec le choix de mes parents pour la course à l'excellence. Peut-être que ce court dialogue maraîcher fut l'un des premiers catalyseurs pour me démarquer de cette fameuse course à l'excellence...(décidément, il suffit parfois d'un rien, de trois mots, pour ouvrir la porte de nouveaux possibles. voy. notamment comment j'ai découvert le concept des Maisons de naissance ici, en deux, trois phrases, un autre monde s'est offert à moi).
Oui, me suis-je dit, en entendant cet échange entre la dame et le marchand. Oui, elle a mille fois raisons. Si les enfants jouent, laissons les jouer pour le simple plaisir gratuit de jouer. Point.
Je m'étais donc promis de ne jamais (du moins, de l'éviter autant que faire se peut) verser dans les "jeux éducatifs". Même Montessori que j'adore, je trouvais les activités de cette pédagogie trop éducatives à mon goût. Vive les jeux libres!
Puis, puis....
Un petit garçon qui ne cesse de compter: un, deux, trois, quatre, cinq, six, huit, neuf, dix ou un, deux, trois, quatre, neuf, huit.
Les chiffres sont apparus avec insistance dans les jeux et les dialogues de mon fils.
Influencés par Montessori, nous, ses parents, avons pensé: période sensible. Viiiiite, lui trouver des activités pour répondre à son envie d'apprendre les chiffres (pfff, que nous étions à côté de la plaque).
Pendant des semaines, je ne trouve pas le temps de me rendre à la librairie du coin pour acquérir Les chiffres à toucher de Balthazar (pas envie, pas l'énergie de les faire moi-même).
Il y a deux jours, excédée, je prends quelques minutes sans les enfants pour m'évader. Et que fis-je pour me changer les idées? Déguster un jus en terrasse? savourer une glace dans un parc? Que nenni! Je file à la librairie pour acheter le fameux livre. Puis, tant que j'y suis, je fais craquer le porte-feuille (j'étais vraiment excédée...Or, dépenser relève encore des réflexes que je mets en place pour me soulager, pour me changer les idées...oui, je sais, paaaas bien. Je me soigne). J'achète aussi deux autres jeux en lien avec les chiffres: les anneaux et un jeu de dominos. J'ai ainsi découvert une marque intéressante proposant des jouets en bois...Bref.
La facture s'élève à presque 3 chiffres...Je rentre satisfaite à la maison. Mon fils pourra s'occuper, et apprendre à compter en jouant. Je pense à Montessori. Saisir la balle au bond.
Mais qu'ai-je donc fait? Mon fils ne prête qu'un bref regard à ces nouveaux jeux, juste parce que c'est nouveau...
Compter? Quand je corrige mon enfant, il me répond qu'il sait déjà. Bref, en réalité, il n'a pas envie que je lui apprenne quoi que ce soit. Du moins, pas de cette manière. Assis, à écouter et à faire semblant de jouer. Les quelques fois que j'ai tenté une approche, au bout de 5 minutes polies, il me dit qu'il "veut jouer maintenant".
Qu'est-ce qui m'a donc poussée à vouloir que mon fils sache compter? Il sait compter jusque 2, et comprend parfaitement le concept de UN et de DEUX. Il vient d'acquérir celui de TROIS. Comme cela, sans que nous n'ayons rien fait, sans que nous l'ayons poussé à comprendre ces chiffres. Le 3, si, peut-être que j'ai un peu forcé...la veille de ces achats débiles mais qui m'auront beaucoup appris sur moi, et sur mon fils, je n'ai pas manqué une occasion de le faire compter jusque 3.
Pourquoi donc ai-je espéré, à un moment, qu'il apprenne sagement à compter? Moi qui souhaiterais qu'à l'école maternelle, il n'y ait pas (trop) de jeux éducatifs, jutement, je les apporte à la maison.
Montessori, c'est génial comme éducation. Mais (parce qu'il y a un "mais"), si l'enfant ne vient pas spontanément demander pour apprendre, je ne vois pas comment appliquer cette pédagogie face à un enfant qui ne souhaite pas apprendre les chiffres, par exemple.
Cet épisode m'enseigne la sagesse de l'humilité, et de la nécessité de réfléchir à certains réflexes...Alors même que le sujet (comme l'éducation au savoir) semble avoir été longuement discuté (surtout avec moi-même).
Résultat: j'adore les jeux éducatifs que j'ai achetés pour mon fils. Lui, par contre, en fait peu de cas. Me reste à attendre qu'il manifeste l'envie de manipuler les hochets, plaquettes en bois et les chiffres rugueux...Il n'a pas encore 3 ans, et je voulais déjà lui donner "une leçon de mathématiques"...C'est tout simplement à l'anti-thèse de ce que je plaide et de ce qui me parle, en terme d'éducation. Quelle similitude avec mon histoire, avec mes parents qui ont voulu, très tôt, m'enseigner les chiffres, et les tables de mulitiplication (j'en ai déjà parlé dans un autre article).
A ce propos, lire l'excellent ouvrage: Qui a peur des mathématiques? [2012]
édit du 11 mai '14 - mon fils daigner jouer avec. Une fois, comme ça, après deux ans de mise au placard. D'autres photos du jouet ici.